Le Club des UTilisateurs d'Orphée - Association loi 1901

vendredi, 19 octobre 2012 11:54

JuMEL ou l’aventure collective Spécial

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En ces temps où les mots « numérique Â», « ressources en ligne Â», « tablette Â», « liseuse Â»â€¦ fleurissent dans les articles sur les bibliothèques, voici le récit d’une expérience, ou plutôt devrais-je dire, d’une grande aventure à multiples rebondissements !

Tout commence en 2005, quand l’idée germe à la B.D.P. du Jura de créer un catalogue collectif, regroupant les bibliothèques informatisées du département. Les bibliothécaires (et leurs collectivités de tutelle) adhèrent facilement au projet et le travail  démarre.

Sur le papier, tout semble facile… mais il faudra tout de même 29 mois de labeur pour que le portail JuMEL voit le jour en septembre 2007.

Conçu pour être facilement alimenté par les bibliothécaires du réseau, il comprend le catalogue collectif, avec une offre de prêt entre bibliothèques, un agenda des événements des bibliothèques et une sitothèque culturelle jurassienne. Il est créé à partir du logiciel libre MoCCAM (à ne pas confondre avec MoCCAM-en-ligne, voir un autre article sur ce même site…), donc totalement indépendant du portail de la B.D.P. (Orphée). 12 bibliothèques participent à la première phase de l’aventure, elles seront rejointes par 10 autres l’année suivante.

En 2009, c’est un peu la routine, le catalogue va bien, le PEB aussi, merci… Donc, histoire de ne pas s’ennuyer, la B.D.P. propose d’ajouter au portail une offre de ressources en ligne (musique, livres). Nous sommes, à l’époque, un peu à la préhistoire de ces services en bibliothèque. Les expériences sont peu nombreuses et les offres éditoriales peu satisfaisantes. Qu’à cela ne tienne ! On continue à défricher…

Pendant deux ans, on essaie, on change, on teste différentes plate-formes : on ajoute un zeste d’auto-formation, une pincée de jeux pour enfants, on enlève un peu de livres, etc. Bref, on touille dans le chaudron et on croise les doigts pour que ça plaise aux usagers. Ben oui, parce que tout ça, c’est bien pour nos chers usagers (et aussi pour nos non moins chers non-usagers qu’on espère inciter à rejoindre les rangs des chers usagers) qu’on le fait, pas seulement pour faire moderne et branché dans les rapports annuels d’activité !

Bref, fin 2010, gros coup de mou… Parce que nos chers usagers (et aussi nos non moins chers non-usagers...), les ressources en ligne, ça ne les branche pas plus que ça. Une analyse approfondie de la situation s’impose. Surtout qu’à partir de 2011, on demande aux bibliothèques qui veulent proposer les ressources numériques à leurs lecteurs de participer financièrement aux abonnements (0,10 € par habitants), alors que jusque là, c’est le Conseil Général qui a pris en charge toutes les dépenses. Donc il faut impérativement redresser la barre, sinon c’est le naufrage assuré, car les collectivités ne vont pas accepter longtemps de payer sans retour positif…

Le diagnostic est vite fait : manque de fer et de vitamines (traduction, manque de conviction de la part des bibliothécaires et de communication/médiation vers le public).
L’ordonnance est aussi facile à faire : il faut un plan de communication et de formation en béton.

Donc en 2011, branle-bas de combat et plan d’attaque en 3 volets :

  1. refonte du portail (qui a vieilli, lui aussi…) avec l’objectif, entre autres, d’améliorer la visibilité des ressources en ligne
  2. création d’outils de communication pour le public
  3. mise en place d’un plan de formation aux ressources en question et à leur médiation pour les bibliothécaires.

 

Une personne est embauchée pour 10 mois (septembre 2011-juin 2012) pour travailler, en lien avec les 2 responsables JuMEL, sur cette « Mission : impossible Â».

Et ça marche !! D’accord, ce fut épuisant, stressant et parfois décourageant, mais tout le monde a tenu le coup et le résultat est là : un beau site tout neuf (http://jumel39.fr), avec tout ce qu’il faut là où il faut (avec  même une version mobile qui arrive incessamment sous peu), plein de dépliants, d’affiches, de livrets  pour distribuer aux lecteurs afin de tout leur expliquer, et des bibliothécaires regonflés à bloc, motivés et pleins d’enthousiasme !

Nos chers usagers commencent enfin à accrocher ! Et les statistiques décollent enfin. Évidemment, tous les lecteurs ne s’intéressent pas à ce nouveau service, mais c’est normal. Le principal n’est pas que tous se servent de tout, mais que ceux qui en ont besoin à un moment puissent être satisfaits.
Bien entendu nous ne sommes pas tombés dans un triomphalisme béat, on sait bien que le temps peut avoir raison même de l’enthousiasme le plus démesuré… Donc il faudra des piqûres de rappel régulièrement. L’aventure est loin d’être terminée et nous promet encore quelques péripéties !

  1. A propos, me direz-vous, où sont les tablettes et les liseuses dans votre histoire ?
  2. Nulle part.
  3. Ah bon ? Et pourquoi ?
  4. Non mais, vous avez l’impression qu’on s’est tourné les pouces pendant tout ce temps ? Et qu’on a pas essuyé assez de plâtres comme ça ? Et les autres, hein, ils faisaient quoi les autres pendant ce temps ? Eh bien maintenant, qu’ils y aillent, aux tablettes et aux liseuses, les autres. Nous, on va prendre notre temps, on va voir comment ils s’en tirent, et on verra ce qu’on fait après. Parce que là, vous voyez, on est un peu fatigués… Alors on consolide, on assure l’existant, et on souffle un peu.

 

En conclusion de ce récit épique, quelques éléments pour ne pas trop se planter... (j’ai pas dit réussir à coup sûr, hein !).

  1. trouver les « bonnes Â» ressources Ã  proposer : à réfléchir en fonction du public, du budget, bien sûr. Mais il faut aussi bien regarder le fonctionnement de chacune des plate-formes. Parce qu’évidemment (sinon c’est pas drôle), elles toutes sont différentes, aussi bien du point de vue du modèle économique que de la technique. Offre sur place ou à distance, en bouquet (avec le meilleur et le pire) ou à composer, téléchargement ou streaming, accès illimité, par comptes ou par accès simultanés… ;
  2. essayer de faciliter au maximum d’accès aux ressources par les lecteurs : liens bien visibles, expliqués, par thématique… Si possible (financièrement et techniquement), prévoir une identification unique : le lecteur s’identifie sur le portail de la bibliothèque et n’a plus qu’à entrer sur les plate-formes sans autre mot de passe ;
  3. prendre le temps pour que toute l’équipe s’approprie les ressources (très important, un vendeur pas convaincu aura plus de mal à vendre…) ;
  4. faire un plan de communication à la fois tout azimut et ciblé (par thématique) ;
  5. penser à intégrer les ressources dans la signalétique (penser en contenus et non plus en supports : un film sur Arte VOD/UniversCiné peut être signalé dans le secteur vidéo à côté de la version physique) ;
  6. acquérir le réflexe d’intégration des ressources en ligne lors des animations, des bibliographies (plutôt que des animations SUR les ressources) ;
  7. et le plus important : ne pas se décourager !

 

Et maintenant, à vous de jouer…

 

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